1.intègres
2. La forme et l'éthique
3. Alias
4. Fils
5. Mélodie en sous sol
6. Indépendants
7. Jamais lâcher
8. Capitale peine
9. Mon aperçu
10. Inferno
11. Incurable
12. Mucho trabajo
13. Dis le aux autres
14.Vrai dans le jeu
15. Métis
16. L'heure est venue
17. Hip hop blues
Pour télécharger le maxi 2 titres sorti en 2000 intitulé "les experts", cliquer ici
interview de DJ TREN et RAPP DEZE
sur www.blackoutmag.ch
Comment êtes-vous passés du tag à vos activités actuelles, respectivement le rap et le djing ?
D : Moi c'est avec radio nova, j'entendais des textes à longueur de journée, je les connaissais par c½ur et je me suis dit pourquoi ne pas essayer d'en écrire un ? Je l'ai fait à mes proches, ils m'ont dit que c'était bien et ça m'a encouragé à continuer.
T : Moi le truc, c'est que j'ai vraiment découvert ça en allant en Angleterre, j'avais 12 ans, mes parents m'ont dit, va un mois en Angleterre, ça te fera du bien et je suis tombé dans une famille dont le père était le mjc local, c'était les débuts du rap et il me montrait des cassettes vidéos, il faisait des soirées où il y avait des mecs qui dansaient sur la tête, c'était mortel. Il m'a fait écouter le premier album de Public Enemy, c'était en 87, j'ai tout de suite adoré et je suis allé acheter des cassettes là-bas. Quand je suis revenu à Paris, il n'y avait pas beaucoup de rap mais je cherchais et je trouvais ce que je pouvais. Ce qui me plaisait le plus dans le rap, c'était la musique, je trouvais que c'était fort, le rap j'adorais mais ce que je préférais c'était la musique il y avait des rythmiques violentes, je me suis dit, ça c'est pour moi, j'ai acheté une platine, j'ai mixé et j'ai commencé à acheter des disques, voilà ça a commencé comme ça, en 87.
Vous ne vous connaissiez pas encore à ce moment-là ?
D-T : Non
En 96, Dezé, tu sors ton maxi, “Jeu d'enfants“, au sujet duquel tu fais une phase dans l'album : « gros flop pour cause d'un trop mauvais dièse avec les gueules de l'époque », est-ce que tu peux expliquer ça ?
D : Avant j'étais avec les mecs qui montaient la boîte de communication 360, ce morceau, on l'avait enregistré vers 95, il y a eu beaucoup de temps entre l'enregistrement et la sortie du truc et une fois que c'était sorti, ils étaient dans pas mal de projets mais pas forcément dans la distribution donc nos routes se sont séparées à ce moment-là.
Mais ce morceau a quand même figuré sur l' “Opération coup de poing“ ...
D : Ouais ce sont eux qui faisaient la mix tape.
Cela t'a quand même créé un certain buzz, non ?
D : Maintenant que l'on a fait une petite tournée dans le sud, et que les gens me parlent de “Jeu d'enfants“, je me rends compte que cela m'a fait un petit peu de buzz. Pourtant c'est moi qui avait les skeuds chez moi donc je me demande comment c'est possible, les gens l'ont peut-être copié, mais pour moi, à l'époque, il n'y avait pas de bruit et j'ai arrêté un petit coup suite à cela.
Oui, justement, après “Jeu d'enfants“, il y a un moment de vide jusqu'au deuxième maxi, “Les experts“, en 99 ?
D : Ouais, je n'ai plus rien fait jusqu'en 98, date à laquelle j'ai rencontré dj Tren et Mr Vres, les Frères de son, qui ont produit mon deuxième maxi, « Les Experts » et le troisième, « Stratégie ».
T : J'ai travaillé avec beaucoup de gens avant, avec des rappeurs de tous les horizons, j'ai des affinités avec tous ces gens-là, ce sont des gens que j'aime bien, mais il n'y en avait pas un qui me motivait vraiment à faire du son, je voulais avoir le rappeur avec qui j'allais bosser pour faire un album. Dezé, quand je l'ai entendu, j'ai tout de suite senti qu'il y avait un truc à faire mais surtout ça s'est bien passé humainement, ce qui est le plus important.
Après le troisième maxi, il y a de nouveau plusieurs années avant la sortie de l'album, tu y fais allusion quand tu dis « les mc détracteurs disaient que j'ai du clamser », et puis « j'ai gardé mes distances, mais j'ai jamais lâché », donc qu'avez-vous fait pendant ces années, vous travailliez déjà sur l'album ?
D : Non, carrément pas, on continuait à bosser et on était à fond dans la vie active, parce que le rap ne nous donnait pas et ne nous donne toujours pas à manger mais au moins on kiffe ce que l'on fait. Chacun a dû un peu construire sa vie de son côté, Tren n'arrêtait pas de m'arroser avec plein d'instrumentales et même si je n'arrivais pas forcément à suivre il m'a bien motivé à continuer. Parce que moi j'aurais arrêté, j'avais ma vie de famille, le travail et le rap commençaient à me gaver.
T : Ca c'est un scoop, c'est grâce à moi qu'il rappe encore. (rires)
D : Voilà, il faut dire ce qui est. On avait en projet de ressortir un maxi, ce qui ne s'est pas fait mais l'album s'est fait super rapidement, sur environ 8 mois entre les premiers enregistrements et sa sortie, même si on y pensait depuis un moment.
T : Je suis signé chez Desh musique depuis 97 et je faisais des sons pour les artistes Desh musique, tout en leur rappelant sans cesse que j'avais Dezé avec un gros potentiel. Ils ont écouté les maxis et se sont montrés intéressés. Ils nous ont mis un studio à disposition et nous ont donné une liberté totale. On a fait exactement ce qu'on voulait, sans contrainte, on n'a changé aucun thème...
D : Cela c'est fait naturellement.
Le titre de l'album, “Connoisseurs“, et sa pochette, font allusion à une ancienne époque, expliquez-nous ce concept ?
T : Le terme Connoisseurs, connaisseur en ancien français, est un gage de qualité utilisé pour désigner les cigares et whiskys de luxe par les Américains et les Espagnols. Un jour, en fumant un cigare cubain, j'ai vu ce terme et trouvé que ça claquait et que cela collerait parfaitement à l'album : à la fois un truc français et de qualité.
D : Il y a aussi toute une idée de maturité, parce que cela fait longtemps qu'on peaufine cet album.
Dezé, tu dis en parlant de votre album « c'est le gros son qui nous manque », vous ne vous retrouvez pas du tout dans le rap français ?
D : Pendant un moment, j'ai eu tendance à m'éloigner un petit peu, parce qu'il y a plein de jeunes qui sont arrivés avec leurs thèmes, leurs préoccupations qui n'étaient pas les miennes, une grande négativité. Je ne me sentais pas concerné par ce qui passait à longueur de journées à la radio, cela ne me convenait pas. J'ai toujours à l'esprit une phrase du premier album du Wu-Tang que dit Raekwon dans une interlude : « On fait la musique qu'on aime entendre, qu'on aime écouter, même si on ne l'entend pas, on la fait. » C'est exactement ça, le délire de l'album.
T : Moi je n'ai jamais vraiment écouté de rap français, j'en ai entendu à la radio mais je n'ai pas acheté beaucoup de disques de rap français, j'en ai peut-être cinq. Le son que j'écoute est purement cain-ri : dj Premier, Pete Rock, Dilated Peoples,.... Tu as beau avoir les modes du genre G-Unit, avec des morceaux que je trouve bien faits, que j'aime bien écouter, je mettrai toujours les mêmes disques sur la platine, quitte à les faire tourner 15 fois.
« Ils disent que le rap ça vend plus mais ils signent que des popstars ou starac' mais pas de rapstars ». Avez-vous l'impression que le rap est mal bossé dans les maisons de disques ?
D : C'est leur vision du « rap qui marche » qui me dérange. Diam's, par exemple, pour moi, c'est un truc édulcoré. Même si certains disent qu'elle ouvre des portes, c'est bien mais je ne veux pas que mon disque soit bossé comme cela, ni dans les productions, ni dans les paroles.
T : Normalement, ce qui est bien avec une maison de disques, quand ils te signent et que tu es un jeune artiste en développement, c'est que tu as plusieurs albums pour t'imposer, pour faire circuler ton nom. Avec le rap, ils s'attendent à ce que ce soit un succès immédiat, parce qu'ils vont te signer seulement si tu as déjà un buzz et des chances de marcher. Non seulement ils ne savent pas travailler les rappeurs, parce qu'ils ont une image fausse du rap, mais en plus, ils ne s'accrochent pas.
Dans “Capitale peine“, tu parles de la pédophilie, en prônant la peine capitale, n'est-ce pas une solution extrême ?
D : En tant que père de famille, j'ai essayé de me mettre dans la peau d'un père à qui cela arrive. Est-ce que j'ai envie de payer mes impôts pour que celui qui a fait ça à mon enfant soit en prison et qu'il mange bien tranquille ? Non... ces propos n'engagent que moi et j'en assume l'entière responsabilité. Mais je maintiens ce que je dis, je ne peux pas approuver qu'on laisse un pédophile en liberté, ce n'est pas normal. C'est le c½ur qui parle, pour moi suivant tes actes : c'est la peine capitale.
T : Moi je n'ai pas d'enfants, mais la pédophilie me touche. La peine de mort, je n'étais pas forcément pour, à la base, mais il y a des trucs, comme la pédophilie, que je ne peux pas laisser passer. Je me dis que quand j'aurai des enfants, si un truc pareil arrive, je ne compterai pas sur la justice, parfois il faut faire justice soi-même.
D : Les gens parlent, mais n'ont jamais la même réaction quand ça leur arrive. Ils ne vont pas vouloir rentrer dans les rouages de la justice, attendre deux ou trois ans avant que le procès ne commence alors que, pendant ce temps le gars est en prison, d'accord, mais il mange, il joue à la playstation,... ce n'est pas possible.
Dans plusieurs morceaux, tu fais une allusion à un « troisième ½il »...
D : Il y a ce que tu vois et ce qu'il y a derrière. Cela englobe pas mal de choses, c'est la façon dont je vois les choses. On a chacun nos yeux mais moi j'ai ma propre vision du monde et de la vie. C'est synonyme de pouvoir voir derrière les apparences, lire entre les lignes.
Est-ce que le fait d'être sur un label avec des têtes d'affiche comme Sniper, cela vous a aidés ?
D : Ce qui nous a aidés c'est la façon dont travaille le label. La notoriété de Sniper aussi parce que même s'il faut essayer de négocier et de tirailler des prix, les gens disent « c'est Desh Musique, il y a Sniper, il y a de l'argent ». Desh Musique n'ont pas autant d'argent que Sniper, mais ce sont leurs compétences qui nous aident. On n'est pas forcément contents en termes de ventes, mais plutôt en termes de reconnaissance, il y a un succès « d'estime ». C'était le premier pari, même pour Desh Musique.
T : On a touché les gens qu'on voulait toucher. Tous les connaisseurs, je pense qu'on les a eus et les retours qu'on a font chaud au c½ur...
D : D'autant plus que c'est plus difficile de toucher un public mature, que de toucher les 15-17 ans.

